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Créer une SCM entre médecins : étapes, coûts et erreurs fréquentes

Publié le 17 septembre 2026 · Lecture : 9 minutes

La réponse courte. La société civile de moyens (SCM) permet à plusieurs médecins de partager locaux, matériel et personnel tout en gardant chacun leurs honoraires. Sa création passe par des statuts écrits, une immatriculation, la transmission des statuts à l'Ordre et le transfert des contrats communs à la société.

La création elle-même est rapide. Ce qui détermine si la SCM fonctionnera bien, ce sont trois choix faits dès le départ : la clé de répartition des charges, les règles d'entrée et de sortie des associés, et la personne qui la gérera au quotidien.

À quoi sert une SCM ?

La SCM est encadrée par l'article 36 de la loi du 29 novembre 1966. Son objet est exclusivement de faciliter l'exercice professionnel de ses membres en mettant des moyens en commun : le bail des locaux, le matériel partagé, le personnel de secrétariat ou d'entretien, le logiciel, les fournitures, les prestataires.

Elle ne soigne pas et ne perçoit pas d'honoraires. Chaque médecin exerce en son nom, encaisse ses propres recettes et verse à la SCM sa participation aux dépenses communes. C'est ce qui la rend simple, et c'est aussi sa limite : elle organise le partage des frais, pas celui de l'activité.

SCM, SELARL ou SISA : bien choisir

FormeCe qu'elle permet
SCMSociété civile de moyensPartager les moyens d'exercice. Chaque médecin garde ses honoraires. Adaptée à la grande majorité des cabinets de groupe.
SELARL ou SELASSociétés d'exercice libéralExercer ensemble au sein d'une même société, qui perçoit les honoraires. Adaptées aux associés qui veulent mettre en commun leur activité, avec des enjeux fiscaux et sociaux spécifiques.
SISASociété interprofessionnelle de soins ambulatoiresPorter les financements collectifs d'une maison de santé pluriprofessionnelle et certaines activités coordonnées. Souvent utilisée en complément d'une SCM.

Ces formes ne s'excluent pas. Une maison de santé fonctionne souvent avec une SCM pour les locaux et le personnel, et une SISA pour les financements de coordination. Le choix dépend du projet et doit être validé avec un avocat et un expert-comptable.

Les étapes de la création

  1. Définir ce qui sera mis en commun. Locaux, secrétariat, matériel, logiciel, entretien, consommables : la liste précise conditionne le budget et la clé de répartition.
  2. Choisir la clé de répartition des charges. Parts égales, prorata du temps d'occupation, prorata de l'usage réel, ou combinaison selon les postes. C'est la décision la plus importante, et la source de la plupart des conflits futurs.
  3. Rédiger les statuts et le règlement intérieur. Les statuts fixent l'objet, le capital, la gérance, les décisions collectives, l'entrée et la sortie des associés. Le règlement intérieur précise le fonctionnement quotidien : répartition des charges, appels de fonds, usage des locaux.
  4. Constituer le capital. Aucun minimum n'est imposé. Les apports sont réalisés en numéraire ou en nature, par exemple du matériel apporté par un associé.
  5. Accomplir les formalités. Publication d'une annonce légale, puis dépôt du dossier d'immatriculation sur le guichet unique des formalités d'entreprises. La SCM reçoit ensuite son numéro d'immatriculation.
  6. Transmettre les statuts au conseil départemental de l'Ordre, comme les autres contrats relatifs à l'exercice professionnel.
  7. Transférer les contrats à la SCM. Bail, assurances, contrats de maintenance, logiciel, télécoms, ménage, collecte des déchets de soins, et contrats de travail du personnel si la SCM devient l'employeur.
  8. Organiser le fonctionnement. Compte bancaire, budget annuel, appels de fonds, tenue de la comptabilité, déclarations fiscales et, pour les salariés, obligations d'employeur.

Combien coûte une SCM ?

À la création

Les frais administratifs, pour l'annonce légale et l'immatriculation, restent de l'ordre de quelques centaines d'euros. Le poste principal est la rédaction des statuts et du règlement intérieur par un avocat ou un expert-comptable : de quelques centaines à quelques milliers d'euros selon le nombre d'associés et la complexité du projet. Économiser sur ce poste avec un modèle générique est souvent l'erreur la plus coûteuse à long terme.

Chaque année

Il faut compter la tenue de la comptabilité et les déclarations fiscales de la SCM, souvent confiées à l'expert-comptable, les frais bancaires, les assurances de la société et, surtout, le temps de gestion : suivi du budget, appels de fonds, relation avec les prestataires, renouvellement des contrats, gestion du personnel.

Fiscalité : les points à valider

La SCM relève en principe du régime des sociétés de personnes : ce n'est pas elle qui paie l'impôt sur le revenu, chaque associé intègre sa quote-part dans sa propre déclaration. En matière de TVA, les sommes versées par les associés peuvent être exonérées sous conditions, notamment lorsque les associés exercent une activité elle-même exonérée et que la SCM se limite à leur refacturer leur part exacte des dépenses. Ces conditions sont techniques : faites-les valider par votre expert-comptable avant la création.

Les erreurs fréquentes

  1. Une clé de répartition floue ou figée. Un associé à mi-temps qui paie comme un associé à temps plein finit toujours par contester. Prévoyez une clé adaptée à chaque poste et une révision périodique.
  2. Un bail resté au nom d'un seul médecin. La SCM utilise les locaux, mais un seul associé est engagé personnellement. Au premier départ, la situation devient inextricable.
  3. Des contrats jamais transférés. Assurances, maintenance ou télécoms restent au nom de l'ancien cabinet, et plus personne ne sait qui paie quoi, ni quand dénoncer.
  4. Aucune règle pour le départ d'un associé. Valeur des parts, délai de retrait, sort du matériel apporté, reprise de la part de loyer : sans clauses précises, chaque départ devient un conflit.
  5. Confondre SCM et exercice en commun. La SCM ne peut ni encaisser les honoraires, ni les répartir. Si c'est le souhait des associés, une autre structure est nécessaire.
  6. Pas de budget ni d'appels de fonds réguliers. La trésorerie se tend au premier gros achat ou à la première régularisation de charges, et un associé finit par avancer les frais.
  7. Un gérant bénévole qui porte tout. La gestion repose sur un associé volontaire, sans temps dédié ni méthode. Le jour où il s'épuise ou s'en va, la mémoire de la SCM part avec lui.

Après la création : le vrai travail commence

Une SCM de quatre ou cinq médecins gère couramment une dizaine de contrats ou plus, un ou plusieurs salariés, un budget à six chiffres et des échéances tout au long de l'année. La création prend quelques semaines ; la gestion, elle, dure tant que la société existe.

Ce que coûte réellement cette gestion est détaillé dans Combien coûte la gestion d'un cabinet médical ?, et les règles des contrats entre associés et collaborateurs dans Contrat de collaboration entre médecins.

Un projet de SCM ou de regroupement ?

L'enquête Praxop prend quatre minutes et vous permet de signaler un projet en cours. En retour, vous recevez votre bilan personnalisé en une page : le temps que la gestion prend à votre structure, et vos trois priorités, avec la première action à mener pour chacune.

Questions fréquentes

Une SCM permet-elle de partager les honoraires entre médecins ?

Non. La SCM met en commun des moyens : locaux, matériel, personnel, services. Chaque médecin reste libéral, perçoit ses propres honoraires et participe aux charges communes. Partager les honoraires relève de l'exercice en commun, qui passe par une autre forme de société, comme une SELARL ou une SELAS.

Faut-il un capital minimum pour créer une SCM ?

Non, la loi n'impose pas de capital minimum. Le capital est librement fixé par les associés. Il est en revanche utile de prévoir un fonctionnement financier clair : budget annuel, appels de fonds réguliers et, si besoin, avances en compte courant.

Les associés d'une SCM sont-ils responsables des dettes ?

Oui. Comme dans toute société civile, les associés répondent des dettes de la SCM envers les tiers, de manière indéfinie et à proportion de leur part dans le capital. C'est une raison de plus pour tenir un budget, suivre les engagements et encadrer les pouvoirs du gérant.

Une SCM peut-elle réunir des professions différentes ?

Oui. Une SCM peut réunir des professionnels libéraux de professions différentes, par exemple des médecins, des infirmiers et des kinésithérapeutes partageant les mêmes locaux. Pour une maison de santé qui souhaite percevoir des financements collectifs, la SISA est généralement la forme adaptée.

Cet article présente des informations générales sur la société civile de moyens entre médecins, à la date de sa publication. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal ou comptable. La création d'une société, la rédaction de ses statuts et le choix de son régime fiscal doivent être accompagnés par un avocat et un expert-comptable. Praxop est un projet d'entreprise en cours de constitution ; aucun service n'est commercialisé à ce jour.